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Roger Nordmann

Conseiller national

Parti socialiste vaudois / lausannois

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Congrès du PSV, 23.3.2012

Non à l'élection du Conseil fédéral par le peuple

Chères et chers camarades,

Le point de départ de l'initiative populaire "Pour l'élection du Conseil fédéral par le peuple", c'est la non-réélection de M. Christoph Blocher au Conseil Fédéral. Lors de ses quatre ans au gouvernement, M. Blocher a clairement fait la démonstration de son attitude populiste, de son mépris des institutions, du peu de considération qu'il a pour les minorités et de sa propension à la concentration du pouvoir.

Suite à cette expérience très négative, le Parlement a pris ses responsabilités et a élu Madame Évelyne Widmer-Schlumpf à la place. Vexé par l'éviction de son grand leader, l'UDC a décidé de lancer une initiative pour transformer le mode d'élection du gouvernement.

Cette initiative populaire est clairement une démarche de captation du pouvoir. Au début, elle avait l'air inoffensif, tant il paraissait clair que jamais le peuple n'élirait Monsieur Blocher au Conseil fédéral. Réflexion faite, la chose n'est plus aussi claire aujourd'hui. Le peuple est-il vraiment immunisé contre l'influence de l'argent et du populisme en politique ? Il est permis d'en douter, et j'aimerais ici citer la formule du professeur Georg Kreis : « Le peuple suisse n'est pas forcément immunisé contre la fascination du chef du village ».

Nous sommes ici à l'endroit où le Rhône se jette dans le lac Léman. Devons-nous pour autant reprendre toutes les évolutions valaisannes et généraliser ce qu'il convient d'appeler « l'effet Freysinger», pour l'étendre à toute la Suisse ?

Cette initiative populaire est clairement une démarche pseudo-démocratique. La démocratie est un système complexe de poids et de contrepoids, d'équilibre et d'intermédiation institutionnelle. L'histoire de la démocratie est une histoire de conquête du contrôle parlementaire sur les gouvernements. C'est à l'opposé de la logique plébiscitaire qui a prévalu dans les années 30 ou plus récemment dans l'Italie de Berlusconi.

Cette initiative populaire est même fondamentalement contraire à la démocratie. Elle postule une forme de lien direct entre « le peuple" figure mythifiée, et le leader, non moins mythifié. Tout cela fait froid dans le dos.

La démocratie n'est pas qu'une affaire de procédure. Elle repose avant tout sur des valeurs et des droits fondamentaux, cela même que l'UDC d'un cesse de fouler aux pieds.

Chers Camarades, va-t-on laisser l'UDC et ses valeurs antidémocratiques imprégner nos institutions encore davantage ? Non.

Nous institutions méritent certes d'être modernisées, et je me suis amplement exprimé sur cette question par des articles et même un ouvrage. Pas plus tard que la semaine passée, j'ai déposé une initiative parlementaire dans ce sens, pour revoir les mécanismes de pondération du poids des cantons dans le fédéralisme.

Mais en l'occurrence, le remède est pire que le mal. Ce que propose l'UDC est totalement dysfonctionnel. La solution proposée détruit complètement le lien entre exécutif et législatif. Or il s'agit là d'un des éléments fondamentaux des rapports entre les pouvoirs de l'État, dont la séparation et l'interaction a été théorisée par Montesquieu.

S'il existe des pays qui élisent le chef de l'État – souvent le Président de la république – au suffrage universel, un seul pays au monde élit le chef du gouvernement selon cette méthode. Il s'agit des USA. Le président Barack Obama a été élu au suffrage universel et il est le chef du gouvernement. Et comme par hasard, à Washington, le blocage est total en raison du conflit permanent entre le parlement et l'exécutif.

En Suisse, si une correction institutionnelle doit être faite, c'est plutôt pour renforcer le lien entre le parlement et le gouvernement.

Outre la captation du pouvoir, c'est à mon avis précisément ici le deuxième but de l'UDC : bloquer les institutions, paralyser la capacité d'action de l'État et faire prospérer les problèmes. Il s'agit de créer une ambiance de campagne électorale permanente alimentée généreusement par les financements de quelques milliardaires. Autrement dit, il s'agit de faire souffler l'esprit de Herrliberg, lieu de résidence de Monsieur Blocher, dans les institutions suisses. Ironie linguistique, Herrliberg signifie littéralement "la montagne  du petit seigneur".

Chers camarades, l'UDC de Christoph Blocher fait des propositions, mais nous ne sommes pas obligés de tomber dans le panneau. Car cette initiative ne résout aucun problème mais en crée de nouveaux. Elle ne mérite qu'une seule chose, le rejet.

Enfin, si mes arguments de principe ne vous ont pas convaincu, il y a un argument pratique qui devrait faire mouche : instituer une élection majoritaire au niveau national sans transparence ni plafonnement du financement des campagnes, c'est ouvrir un boulevard aux forces de l'argent. Le Parti socialiste vaudois doit faire barrage, en recommandant fermement le Non à cette initiative populaire.

 

 

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Contact: Roger Nordmann, Rue de l'Ale 25, 1003 Lausanne,
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1.04.2017