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Roger Nordmann

Conseiller national, Président du Groupe socialiste du Parlement

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Article www.roger-nordmann.ch 16.10.08

Comment le sauvetage de l’UBS favorise indûment les actionnaires au détriment de la  collectivité

 

Roger Nordmann, conseiller national (VD)

Si la nécessité d’un engagement public à l’égard de l’UBS est primordiale sous peine de grave crise économique, la manière dont le Conseil fédéral entend s’y prendre interpelle. Ainsi, alors que la plupart des états européens, à l’instar des Etats-Unis, ont décidé d’entrer dans le capital des banques à sauver, le Conseil fédéral et la Banque nationale ont choisi une méthode différente. La Confédération va certes injecter 6 milliards de francs dans l´UBS pour détenir – à terme - quelque 9% de son capital, mais l’Etat va surtout reprendre 60 milliards de dollars d´actifs « toxiques » qui plombent le bilan du numéro un helvétique. Une mesure particulièrement contestable.

Lorsque la solvabilité ou la liquidité d’une banque – anglaise, par exemple - est menacée par des actifs pourris, l’Etat anglais injecte des liquidités en entrant dans son capital. Cela rétablit la confiance. Si la banque en question valait 10 milliards en bourse la veille de sa recapitalisation et que l’Etat y met 10 milliards, il possède ensuite 50% des actions. Ainsi, l’Etat porte la moitié du risque sur les actifs pourris, mais profite aussi de la moitié des bénéfices futurs générés par la partie saine de la banque.

Ainsi, les actionnaires qui ont mal géré leur banque en cèdent la moitié à l’Etat en échange d’un sauvetage qui évite la faillite. Les actionnaires ne sont pas récompensés pour leur mauvaise gestion. Au contraire, ils perdent une partie de leur mise en contrepartie de l’engagement d’argent public.

La méthode proposée par le Conseil fédéral

Dans le cas de l’UBS, le Conseil fédéral propose de créer une société-poubelle pour racheter à l’UBS 60 milliards de dollars d’actifs toxiques, à leur valeur actuelle (après amortissement). Lors de la conférence de presse de ce jeudi, ni le gouvernement, ni la BNS, ni la Commission fédérale des banques n’ont pu indiquer quelle était la valeur originale de ces actifs. On sait seulement qu’ils ont été « amortis agressivement ».

Cette société-poubelle reçoit 6 milliards de dollars de l’UBS en capital et 54 milliards de dollars de la Banque nationale sous la forme d’un prêt garanti par ces fameux actifs pourris. Comme personne ne sait vraiment ce que contiennent ces derniers, cette société pourrait bien encore subir des pertes de liquidation. Il y aura au mieux un petit gain. Le risque de pertes est porté par la collectivité pour 54 milliards et  par l’UBS pour 6 milliards. Autrement dit, la collectivité - via la BNS - porte 90% du risque de la société-poubelle, l’UBS 10%. Pire encore, si d’aventure la liquidation de la société-poubelle rapportait finalement quelque chose, l’UBS récupérerait la moitié du gain (à l’exception du 1er milliard).

Dans le même temps, la Confédération injecte 6 milliards dans le reste de l’UBS, libérée des actifs pourris. Ainsi, l’UBS sera détenue à 9% par la Confédération, via un emprunt à conversion obligatoire, et à 91% par les actionnaires privés. Or, il est évident que cette partie saine de l’UBS, avec le temps, va considérablement regagner de la valeur. Une plus-value qui sera encaissée à 91% par les actionnaires de l’UBS et à 9% par la Confédération.

 

C’est exactement ce que l’ancien banquier Paulson, désormais ministre des finances américain, avait tenté dans la version initiale de son plan de sauvetage. Finalement, le Président Bush, sous la pression des démocrates et des européens, s’est lui-même rallié au modèle anglais.

Les conséquences prévisibles

La partie saine de l’UBS est sauvée, et les actionnaires qui ont mal géré la banque ne cèdent que 9% de l’établissement à l’Etat. A terme, ils peuvent compter faire une phénoménale plus-value dont la Confédération ne retirera que 9%. Malgré le fait qu’ils ont mal surveillé leur banque et placé des incapables à sa tête, les actionnaires ne cèdent quasiment rien. C’est une invitation à recommencer.

La partie pourrie ne rapportera pas grand-chose lors de sa liquidation, voire même coûtera un saladier. Ce risque sera assumé à 90% par la collectivité. Cela ne se verra pas directement dans les comptes de la Confédération, mais dans ceux de la BNS.

Magistrale leçon de privatisation des bénéfices et de socialisation des pertes. A mon avis, le Conseil fédéral s’est fait totalement grugé par les actionnaires de l’UBS. Cette approche est scandaleuse. Elle montre qu’en Suisse, l’intérêt des actionnaires des banques passe avant l’intérêt général, et que les fautes, pour autant qu’elles soient énormes, restent sans conséquences.

La seule solution équitable aurait été d’engager la totalité des fonds publics en acquérant des actions de l’UBS. L’Etat aurait ainsi temporairement détenu la moitié du capital de la banque ainsi que la possibilité de revendre ultérieurement son paquet de titres. L’UBS seule actionnaire de sa société-poubelle, et les chances et les risques auraient été répartis équitablement entre les actionnaires privés et la collectivité. La Confédération serait entrée au conseil d’administration de l’UBS et aurait pu y mettre bon ordre. Certainement pas ce dont M. Kurer et ses collègues ont envie de voir se produire.

 

www.roger-nordmann.ch 16.10.08

 

 

  

 

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Contact: Roger Nordmann, Rue de l'Ale 25, 1003 Lausanne,
info@roger-nordmann.ch, tél 021 351 31 05, fax 021 351 35 41

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23.3.2017